Contraintes et complexités de l’information et de l’analyse dans les situations d’urgence humanitaire: données du Nigéria

Depuis le milieu des années 2000, le Nigéria connaît une crise humanitaire dans le nord-est du pays, principalement à la suite du conflit avec Boko Haram et du déplacement de la population qui en a résulté.
Contexte: 

Depuis le milieu des années 2000, le Nigéria connaît une crise humanitaire dans le nord-est du pays, principalement à la suite du conflit avec Boko Haram et du déplacement de la population qui en a résulté. Pour classer la gravité des crises de sécurité alimentaire et les conditions de famine, le gouvernement du Nigéria et les acteurs humanitaires utilisent l’analyse du Cadre harmonisé (CH), qui synthétise et analyse des données sur la nutrition, la mortalité et la sécurité alimentaire pour produire des rapports sur les niveaux actuels d’insécurité alimentaire. De même que le système de Classification Intégrée des Phases de la Sécurité Alimentaire (IPC), le CH vise à fournir des informations pour la prise de décision et les actions. Cependant, les liens entre les données, l’analyse et les actions visant à déclarer les situations d’urgence et les famines ne sont toujours pas bien compris.

Résumé du projet: 

Le projet Contraintes et complexités de l’information et de l’analyse dans les situations d’urgence humanitaire : données du Nigéria a été lancé en septembre 2017 pour mieux comprendre les obstacles techniques et politiques à la production d’un outil d’analyse indépendant de l’insécurité alimentaire. Les partenaires ont procédé à une analyse documentaire approfondie, à une série d’entretiens avec des informateurs clés et à des réunions avec des acteurs concernés clés.

Presque toutes les personnes interrogées ont souligné que le processus du CH s’était amélioré depuis sa première utilisation en 2015. Cependant, des défis majeurs subsistent (voir rapport final). Les principaux problèmes sont le manque de ressources financières et humaines pour financer et analyser les données. De plus, les informations nécessaires à l’analyse sont manquantes, obsolètes, impossibles à obtenir ou collectées selon une chronologie non coordonnée. En outre, à l’instar d’autres systèmes d’alerte précoce, seules des informations sur l’état actuel de la sécurité alimentaire sont collectées, ce qui rend difficile la compréhension des facteurs de causalité et des facteurs clés de l’insécurité.

Enfin, même si le CH est un outil d’analyse, il est devenu à la fois un indicateur du conflit général et un indicateur du besoin de financement supplémentaire. Par exemple, si les résultats de l’analyse ne s’améliorent pas, les donateurs peuvent s’interroger sur l’impact de la réponse en cours, tandis que si les résultats s’améliorent trop, cela pourrait laisser supposer que la crise est terminée. Par conséquent, l’analyse de CH a eu du mal à obtenir un consensus technique et à rester à l’abri de l’influence politique et des donateurs. L’équilibre entre ces types de pressions peut miner la validité et l’indépendance de l’analyse.

Les recommandations signalées pour gérer et atténuer les influences existantes incluent :

  • assurer le développement des compétences et de la formation en fonction de la méthodologie ;
  • améliorer la coordination pour la collecte et le partage des données;
  • encourager la participation des acteurs scientifiques, opérationnels et politiques aux processus de conception et d’analyse;
  • obtenir une évaluation indépendante de l’analyse avant la fin; et
  • inclure des données provenant de plusieurs autres secteurs et améliorer l’analyse contextuelle.

Impact attendu: 

En plus de l’étude de cas réalisée au Nigéria, l’équipe de recherche a également étudié le système intégré de classification des phases de la sécurité alimentaire et d’autres systèmes d’alerte précoce au Sud-Soudan et en Somalie. On espère que ces études de cas comparatives nous fourniront une analyse et une synthèse des résultats des principaux obstacles à la réalisation d’analyses de l’insécurité alimentaire de haute qualité, indépendantes et informatives sur le plan opérationnel, en particulier lorsqu’elles sont utilisées pour prévoir des crises et déclarer des famines.

Action Contre la Faim s’emploie actuellement à mettre au point de nouveaux modèles permettant d’anticiper la montée de l’émaciation en tant que méthode alternative de prévision de l’insécurité alimentaire, dans le cadre du projet Modeler les indicateurs de risque précoces pour anticiper la malnutrition (MERIAM). Nous continuerons à travailler avec les principales parties prenantes mondiales sur les résultats de ces études et à mettre en œuvre certaines des recommandations clés pour faire face aux obstacles et aux défis qui se posent lors de la réalisation d’analyses de la sécurité alimentaire. 

Renseignements sur le projet

Domaine thématique Nutrition et santé Recherche
Area de intervencion Nigeria
Période de mise en œuvre 2017-2018
Résultats attendus: Disponible pour le Nigeria et le Sud-Soudan; pour la Somalie, résultats attendus en 2018
Partenaires: Action contre la Faim (NY et Nigeria – partanaire opérationnel), Université Tufts– École Friedman des sciences et politiques de la nutrition (partenaire de recherche), Centre for Humanitarian Change (partenaire de recherche)
Donateurs: Protection Civile et Opérations d'Aide Humanitaire Européennes (ECHO) avec l’appui du bureau de pays du Nigéria. Subvention secondaire d’Action Contre la Faim.

Contact

Ellyn Yakowenko, Directrice adjointe de recherche, Action contre la Faim (États-Unis)
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